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L’Agilité au-delà des Méthodes : Quand le Leadership Humain Devient le Vrai Moteur de la Transformation

 

L’Agilité au-delà des Méthodes : 

Quand le Leadership Humain Devient 

le Vrai Moteur de la Transformation

 

 

Par Karima Guerfali Lazzem – Best Training Academy


Introduction : Une réalité souvent mal comprise

Lors d’une action de consulting réalisé chez une entreprise dans le secteur des services informatiques et les conseils IT que je nommerais ici X , je me souviens encore de notre première réunion où l’on me parlait fièrement -d’implémenter l’agilité-. L’entreprise X avait investi dans des formations Scrum, installé des murs Kanban colorés, et même lancé un programme “Agile 360°”. Pourtant, six mois après, les résultats étaient décevants : démotivation des équipes, tensions dans les projets, et le constat amer des dirigeants : “L’agilité, chez nous, ne fonctionne pas.”

Là, j’ai compris que l’agilité ne se décrète pas. Elle ne se limite pas à une série de cérémonies ou à l’adoption d’outils digitaux. L’agilité est avant tout une posture humaine, une capacité collective à apprendre, à s’adapter et à co-créer. Sans un leadership agile et sans la valorisation du capital humain, toute démarche agile n’est qu’une façade.

1. L’illusion des frameworks sans culture humaine

De nombreuses organisations tombent dans le piège de l’agilité “cosmétique” : elles adoptent des frameworks comme Scrum ou SAFe sans changer la culture managériale.

Or, selon une méta-analyse de JEMI (2024) (Source1), l’agilité réussie repose moins sur les outils que sur la justice organisationnelle, la confiance et la responsabilisation des équipes.

 Cette étude stipule que « Dans un cadre agile, les objectifs de leadership d'une organisation sont de favoriser la créativité, la flexibilité et une progression constante. De plus, le leadership agile se concentre sur le développement des compétences et des mentalités essentielles à la réussite de la transition vers un nouveau modèle opérationnel. » En d’autres termes, l’agilité est une philosophie de collaboration avant d’être un processus.

2. Leadership agile : le pivot de la transformation

Un manager classique dit : “Voici le plan, suivez-le.”
Un leader agile dit : “Voici la vision, co-construisons le chemin.”

C’est là toute la différence. L’agilité n’exige pas des “chefs” mais des facilitateurs capables de :

  • Créer un climat psychologique sécurisant
  • Encourager l’expérimentation et l’apprentissage par l’erreur
  • Développer la confiance et la responsabilité

Des recherches confirment que le leadership agile améliore significativement la performance des équipes, la satisfaction au travail et la capacité d’innovation (Source1).

C’est d’ailleurs ce que j’ai personnellement testé lors d’une mission auprès d’une PME industrielle, oú j’ai rencontré Sarah, une cheffe de projet brillante, mais épuisée par la résistance au changement. Je l’ai accompagné à travailler sur son style de leadership : moins de contrôle, plus de facilitation. Après 3 mois, son équipe, auparavant réticente, proposait spontanément des améliorations. Sarah avait compris une vérité simple : L’agilité, ce n’est pas changer les process, c’est changer la relation.”

3. Les Soft Skills : carburant invisible de l’agilité

On parle souvent des outils, des frameworks, des boards Kanban, des sprints et des user stories… Mais l’ingrédient invisible qui fait tenir la mécanique agile, ce sont les compétences humaines. Ce sont ces compétences dites “douces” qui rendent une équipe réellement agile. Sans elles, l’agilité reste un assemblage technique sans âme. Les soft skills – communication, intelligence émotionnelle, pensée critique, adaptabilité, coopération,… – constituent le socle sur lequel repose la performance collective dans un environnement agile.

3.1. Pourquoi les soft skills sont-ils essentiels en agilité ?

Dans un environnement où le changement est la seule constante, les équipes doivent être capables de collaborer, gérer l’incertitude et apprendre en continu. Or, ces capacités ne relèvent pas des compétences techniques mais des qualités relationnelles et comportementales.

Une étude de Harvard Business Review révèle que 89 % des échecs dans les projets complexes sont liés à des lacunes en compétences relationnelles plutôt qu’à des manques techniques (Source2).


Ces compétences sont essentielles car elles permettent :

  • De maintenir la cohésion malgré la pression des délais.
  • De gérer les conflits rapidement avant qu’ils ne freinent la productivité.
  • De nourrir la confiance entre les membres, indispensable à l’auto-organisation.

3.2. Les soft skills les plus stratégiques en contexte agile

  •  L’intelligence émotionnelle : savoir reconnaître ses émotions et celles des autres pour réguler les tensions dans un sprint critique.
  • L’écoute active : comprendre les besoins implicites des parties prenantes, souvent non formulés dans le backlog.
  • La pensée critique : savoir challenger les solutions, proposer des alternatives et éviter l’effet tunnel.
  • La résilience : rebondir face aux itérations qui échouent sans perdre la motivation.

Ces concepts j’ai voulu les mettre en évidence lors d’un bootcamp entrpreunarial de 3 mois, avec une startup tech que j’ai accompagnée et qui s’est retrouvée dans une ambiances submergeante par la pression des deadlines qui avait généré un climat tendu.                                                                                        C’est là que j’ai constaté un paradoxe : une équipe ultra-compétente techniquement, mais en crise permanente. Pourquoi ? Chaque rétro se transformait en règlement de comptes. Plutôt que de renforcer les contrôles, j’ai plutôt  introduit une pratique simple : un cercle de feedback émotionnel de 10 minutes après chaque sprint, où chacun exprimait son ressenti sans jugement.
Résultat : Les conflits ont diminué, baisse des tensions, hausse de la vélocité de l’équipe d’environ 18 % en deux mois. Rien à voir avec un nouveau framework ou un outil… mais avec une compétence humaine : la communication authentique, Preuve que l’humain est le vrai levier de performance.

3.4. La science le confirme

Des études sur les équipes agiles montrent que la maturité en soft skills est directement corrélée à la performance des projets (Source3).
Une expérience menée dans un contexte de développement agile a démontré qu’une rotation mensuelle des rôles (Scrum Master, facilitateur) entraîne une amélioration notable des compétences interpersonnelles (communication, leadership) en seulement 6 semaines.

4. Méthodes concrètes pour détecter et développer les soft skills dans un contexte agile :

La réussite d’une transformation agile dépend en grande partie de la capacité à identifier, cultiver et renforcer les compétences comportementales des collaborateurs. Contrairement aux hard skills, ces aptitudes humaines ne se mesurent pas uniquement par des tests techniques, mais nécessitent une observation fine, des pratiques immersives et des outils adaptés. Voici les approches les plus efficaces :

4.1. Observation en situation réelle :

L’une des méthodes les plus pertinentes consiste à observer les collaborateurs dans des contextes de travail authentiques. Cette démarche permet d’identifier :

  • ·      Qui prend spontanément des initiatives en cas d’imprévu ?
  •      Qui joue un rôle de médiateur et pacifie les tensions dans l’équipe ?
  •      Qui stimule la réflexion collective et encourage la participation ?

Exemple pratique : Lors d’un sprint critique, notez les réactions face à un bug majeur. Certains se mobilisent immédiatement pour chercher des solutions (proactivité), d’autres fédèrent l’équipe et maintiennent le calme (intelligence émotionnelle). Ces comportements sont des indicateurs précieux pour orienter le développement des compétences.

4.2. Ateliers immersifs et expérientiels :

Les jeux de rôles, simulations agiles avec Design thinking ou ateliers Lego Serious Play ( que d'ailleurs j'adopte souvent dans mes ateliers et suscitent beaucoup l’intérêt et l'engagement ) sont particulièrement efficaces pour révéler les aptitudes sociales, la capacité de collaboration et les styles de pensée créative. Ces activités offrent un environnement sécurisé pour expérimenter :

  • La gestion des conflits
  • La négociation
  • La prise de décision en contexte incertain

Pourquoi ça fonctionne ? Parce que ces ateliers placent les collaborateurs dans des situations complexes qui sollicitent la communication, l’adaptation et la résolution de problèmes en temps réel.

4.3. Feedback 360° : croiser les perceptions :

Une seule observation ne suffit pas. Le feedback 360° permet d’obtenir une vision globale en intégrant les retours des pairs, managers, et parfois des clients. Ce système met en lumière :

  • Les forces reconnues unanimement (ex. capacité à fédérer)
  • Les angles morts (ex. difficultés de communication perçues par les collègues mais ignorées par l’individu)

Avantage : Le 360° favorise la transparence et responsabilise chacun dans son évolution, tout en renforçant la culture de feedback, essentielle en agilité.

4.4. Outils psychométriques et modèles cognitifs :

Pour compléter l’observation et le feedback, l’utilisation d’outils psychométriques tels que le MBTI, le DISC, ou encore les modèles des intelligences multiples de Howard Gardner offre une cartographie fine des préférences comportementales et cognitives.

·      MBTI & DISC : utiles pour comprendre les styles de communication et de leadership.

·      Intelligences multiples : permettent d’identifier les talents naturels (logique, interpersonnelle, kinesthésique…) pour attribuer des rôles adaptés.

Exemple : Un collaborateur avec une forte intelligence interpersonnelle peut exceller comme facilitateur dans une cérémonie agile, tandis qu’un profil logico-mathématique sera plus à l’aise dans la gestion des métriques et KPIs.


4.5. Rotation des rôles : un accélérateur de soft skills

Une étude récente publiée sur ResearchGate (2024) ( source4) démontre qu’une rotation mensuelle des rôles clés (Scrum Master, Product Owner, facilitateur) développe en seulement 6 semaines des compétences essentielles telles que :

  • La communication assertive
  • Le leadership collaboratif
  • La gestion des conflits

Cette méthode favorise l’empathie managériale, car chaque membre expérimente différents angles de responsabilité, renforçant ainsi la cohésion et la compréhension mutuelle.

En résumé : Ces approches combinées créent un écosystème d’apprentissage continu où les soft skills deviennent un levier stratégique pour la réussite de l’agilité organisationnelle.

5. Capital humain : la ressource la plus stratégique

Si l’agilité se présente comme une réponse aux incertitudes économiques, technologiques et sociales, son succès repose sur un pilier fondamental : l’humain. C’est un état d’esprit collectif, une culture organisationnelle qui met l’individu au centre. En d’autres termes, investir dans l’humain, c’est investir dans la résilience et la pérennité de l’entreprise.

Pourquoi le capital humain est-il stratégique dans une transformation agile ?

Les outils et les processus ne créent pas la performance : ce sont les personnes qui les utilisent. Dans une organisation agile, la capacité d’adaptation, la créativité et la collaboration dépendent directement de la qualité des relations humaines et des compétences comportementales (soft skills).

Deux constats majeurs le prouvent :

  • Une entreprise qui valorise ses talents en fonction de leurs forces naturelles augmente leur engagement, réduit le turnover et multiplie son potentiel d’innovation.
  • Une organisation qui investit dans le développement des soft skills améliore sa capacité à faire face aux crises et aux transformations rapides.

Etude et recherche : Une étude McKinsey (2023) révèle que les entreprises centrées sur le capital humain ont 1,5 fois plus de chances de réussir leur transformation agile que celles qui privilégient uniquement la dimension technique (Source5). Ce chiffre confirme une évidence souvent oubliée : sans une culture qui place la confiance, la collaboration et la responsabilisation au premier plan, l’agilité reste un slogan.

Capital humain = Performance durable:

Une entreprise qui cultive le potentiel humain ne se contente pas d’optimiser des processus :

·       Elle crée un environnement propice à l’autonomie, où chaque collaborateur se sent acteur de la stratégie.

·       Elle renforce la cohésion d’équipe, en misant sur la diversité des intelligences et des compétences.

·       Elle favorise l’innovation, en stimulant la créativité et en encourageant la prise de risque contrôlée.

Cas concret : J’ai accompagné une grande structure bancaire en pleine transformation agile. Les dirigeants pensaient qu’une adoption stricte des rituels Scrum suffirait. Pourtant, les tensions internes bloquaient la dynamique. Après avoir introduit des ateliers centrés sur la gestion des équipes, la communication et l’intelligence émotionnelle, les équipes ont gagné en confiance et en autonomie. Résultat : une réduction des délais de livraison d’environ 22 % et une satisfaction client en hausse. Ce succès n’était pas dû à un outil supplémentaire, mais à une approche centrée sur le facteur humain.

Le lien entre capital humain et résilience organisationnelle:

Dans un contexte où les crises se succèdent (technologiques, économiques, sanitaires), les entreprises résilientes sont celles qui :

·       Développent des leaders adaptatifs, capables de fédérer et d’inspirer.

·       Forment des équipes autonomes et responsabilisées, prêtes à absorber le changement sans rupture.

·       Encouragent une culture apprenante, où l’erreur devient une opportunité et non une faute.

Des recherches en neurosciences confirment que la confiance et la reconnaissance au travail activent les circuits dopaminergiques, favorisant la motivation intrinsèque et la capacité à gérer le stress (Source6).

 

Conclusion : Passer d’une agilité outillée à une agilité incarnée

L’agilité n’est pas un buzzword. C’est un mode de pensée qui place l’humain au cœur des priorités. Sans leadership agile et sans soft skills, les frameworks deviennent des coquilles vides.
Les entreprises qui réussiront demain ne seront pas celles qui appliquent le plus de méthodes, mais celles qui cultivent la confiance, la créativité et l’adaptabilité. Ainsi Le capital humain est le socle de cette transformation : il transforme l’agilité en avantage concurrentiel durable.


Sources utilisées pour le développement de cet article :

  1. Meta-analysis on agile leadership: JEMI, 2024 : https://jemi.edu.pl/vol-20-issue-2-2024/the-effectiveness-of-agile-leadership-in-practice-a-comprehensive-meta-analysis-of-empirical-studies-on-organizational-outcomes
  2. Harvard Business Review. The Best Leaders Know How to Adapt Their Leadership Style.
  3. Salleh, N., Mendes, E., & Grundy, J. (2018). Empirical Studies of Agile Software Development: A Systematic Review. IEEE Transactions on Software Engineering, 38(6), 1389-1402.
  4. ResearchGate: Improving Soft Skills in Agile Development by Team Leader Rotation: https://www.researchgate.net/publication/346345474_Improving_Soft_Skills_in_Agile_Software_Development_by_Team_Leader_Rotation
  5. McKinsey & Company (2023). Agility and Organizational Health. : https://www.mckinsey.com/business-functions/organization/our-insights/the-organization-blog/agile-transformations-dont-forget-the-human-factor
  6. Goleman, Emotional Intelligence, 2011

 

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