Skip to main content

Pourquoi travaillons-nous encore 8 heures par jour ?

Pourquoi travaillons-nous encore 8 heures par jour ?



Par Karima GUERFALI LAZZEM-Best Training Academy 

Récemment Lors d’une session de formation une participante m’a posé une question avec un ton mi réflexive mi émotionnel «  Pourquoi travaillons-nous encore 8 heures par jour ? N’est-il pas  grand  temps d’envisager un aménagement des horaires de travail ?»

Tout le reste de la journée je suis resté réflexive car c’est un sujet qui m’intrigue depuis un bon moment et Je me suis posé intérieurement et plusieurs fois la  question qui, au fond, est assez simple : Et si la journée de 8 heures était devenue obsolète ?

Nous avons l’intelligence artificielle, l’automatisation, des outils numériques capables d’accomplir en quelques minutes ce qui nécessitait autrefois plusieurs heures. Nous communiquons instantanément avec l’autre bout du monde et nous produisons, analysons, rédigeons et traitons l’information à une vitesse inimaginable il y a seulement quelques décennies.

Et pourtant… Nous continuons très souvent à organiser le travail autour d’un modèle vieux de plus d’un siècle : 8 heures par jour.

Les 8 heures n’ont jamais été une mesure de la performance humaine Il est intéressant de revenir à l’origine de cette norme.

Au XIXᵉ siècle, alors que les ouvriers pouvaient travailler 10, 12 ou 14 heures par jour, le mouvement pour la journée de huit heures défendait une idée profondément progressiste :

8 heures pour travailler - 8 heures pour vivre
et 8 heures pour dormir.

En 1919, la première convention de l’Organisation internationale du Travail consacrait le principe de la journée de 8 heures et de la semaine de 48 heures.

À l’époque, c’était une avancée sociale extraordinaire.

Mais voilà le paradoxe : nous avons transformé une conquête sociale du monde industriel en référence presque intangible du monde numérique. Pendant ce temps, notre productivité a explosé : 

Ordinateurs, logiciels, automatisation, Internet, smartphones et aujourd’hui intelligence artificielle…

Chaque révolution technologique nous a permis d’accomplir davantage en moins de temps.

Alors pourquoi travaillons-nous toujours autant ?

Parce que, collectivement, nous avons surtout utilisé les gains de productivité pour produire davantage, et beaucoup moins pour libérer du temps.

Quand une technologie permet d’accomplir en deux heures ce qui en demandait quatre, notre premier réflexe organisationnel reste souvent :

« Que pouvons-nous lui faire faire pendant les deux heures restantes ? »

Rarement :

« Puisqu’il a produit la valeur attendue, pourquoi ne pas lui rendre ces deux heures ? »

Et c’est peut-être là que se trouve la véritable question.

Avons-nous confondu présence et performance ?

Dans le monde industriel, le temps passé devant une machine pouvait avoir une relation relativement directe avec la quantité produite.

Mais qu’en est-il du travail intellectuel ?

Peut-on réellement être créatif pendant huit heures ?

Prendre des décisions complexes pendant huit heures ?

Maintenir le même niveau d’attention, d’analyse, d’innovation et d’intelligence relationnelle pendant huit heures consécutives ?

Nous savons aujourd’hui que travailler toujours plus longtemps n’est pas sans conséquences. L’OMS et l’OIT ont notamment montré l’association entre les très longues semaines de travail — 55 heures ou davantage — et une augmentation des risques cardiovasculaires et cérébrales.

Pourtant, dans de nombreuses organisations, nous continuons implicitement à mesurer l’engagement par le temps visible.

Celui qui part tard semble engagé.

Celui qui termine rapidement son travail peut parfois donner l’impression… de ne pas avoir assez travaillé.

Quel étrange paradoxe !

Nous récompensons parfois le temps consommé plutôt que la valeur créée.

Et puis arrive l’intelligence artificielle…

C’est là que cette réflexion devient, à mes yeux, beaucoup plus importante.

Imaginons qu’un collaborateur ait besoin de trois heures pour rechercher des informations, analyser des données, préparer une présentation et rédiger une synthèse.

Avec l’IA, il réalise demain un travail comparable en une heure.

Que faisons-nous des deux heures gagnées ?

Option 1 :

Nous lui donnons immédiatement davantage de tâches.

Option 2 :

Nous considérons qu’une partie du progrès technologique doit également devenir un progrès humain.

Du temps pour réfléchir.

Du temps pour apprendre.

Du temps pour créer.

Du temps pour collaborer réellement.

Du temps pour sa famille.

Du temps pour prendre soin de lui.

Du temps, tout simplement, pour vivre.

Peut-être devons-nous inventer le « dividende temporel » du progrès

Nous parlons énormément du retour sur investissement de l’IA.

ROI. Productivité. Performance. Réduction des coûts.

Mais pourquoi ne parlerions-nous pas également du temps humain rendu disponible grâce à la technologie ?

Et si l’un des indicateurs du progrès devenait :

Combien de temps cette technologie a-t-elle rendu à l’être humain ?

Cela ne signifie évidemment pas que tous les métiers peuvent passer demain à six heures par jour.

Un hôpital, une usine, une école, un restaurant ou un service de transport n’ont pas les mêmes contraintes qu’une activité intellectuelle.

Mais cela signifie peut-être que nous devons arrêter de considérer 8 heures × 5 jours comme une vérité universelle.

La semaine de quatre jours, les journées plus courtes, le travail hybride, l’autonomie et le management par objectifs ne sont peut-être pas seulement des avantages sociaux.

Ils posent une question beaucoup plus profonde sur notre conception du travail.

Et c’est aussi une question de leadership.

Le leadership de demain ne devrait peut-être plus demander uniquement :

« Comment pouvons-nous obtenir davantage de nos collaborateurs ? »

Mais aussi :

« Comment pouvons-nous créer davantage de valeur en consommant moins de leur temps de vie ? »

Parce que le temps est une ressource particulière.

Une entreprise peut récupérer de l’argent perdu.

Elle peut remplacer une technologie devenue obsolète.

Elle peut reconstruire un bâtiment.

Mais personne ne peut restituer une heure de vie à quelqu’un.

Alors, à l’heure où l’intelligence artificielle promet de nous faire gagner un temps considérable, peut-être devrions-nous décider collectivement de ce que nous voulons faire de ce temps.

Produire toujours plus ?

Ou permettre aussi à l’être humain de vivre mieux ?

Les 8 heures étaient une révolution sociale il y a un siècle.

Peut-être que le véritable progrès, aujourd’hui, consiste à avoir le courage de les questionner.

Et vous ?

Si l’IA vous permettait demain de réaliser votre travail en 5 heures au lieu de 8, pensez-vous que les 3 heures gagnées devraient appartenir à l’entreprise… ou vous revenir ?

#FutureOfWork #Leadership #HumanCentricLeadership #ArtificialIntelligence #FutureOfLeadership #WorkplaceTransformation #EmployeeExperience #Productivity #LeadershipConscient



 Sources : OIT — Convention n°1 (1919) ; OIT, Working Time and Work-Life Balance Around the World (2023) ; OMS/OIT, Long working hours and health (2021).

Comments

Popular posts from this blog

Building Human-Centric Workplaces in the Age of AI

  Building Human-Centric Workplaces in the Age of AI   By Karima Guerfali Lazzem – Best Training Acacdemy   If there’s one compass I trust when organizations feel overwhelmed by AI, it’s this: technology should amplify human dignity, not dilute it. AI can be a brilliant co-pilot for focus, creativity, and inclusion—but only if we design the workplace around real human needs: safety, meaning, autonomy, and connection. Why “human-centric” isn’t a slogan—it’s a system : Across the EU, the AI Act codifies a human-centric approach, prioritizing safety, fundamental rights, and transparency. This is not just regulation; it’s a design brief for leaders: put people first, then scale technology that serves them. (1) Emerging research is converging on the same idea: AI works best as augmentation, not substitution. MIT Sloan’s recent work shows AI is more likely to complement human capabilities—especially empathy, judgment, and emotional ...

L’Agilité au-delà des Méthodes : Quand le Leadership Humain Devient le Vrai Moteur de la Transformation

  L’Agilité au-delà des Méthodes :  Quand le Leadership Humain Devient  le Vrai Moteur de la Transformation     Par Karima Guerfali Lazzem – Best Training Academy Introduction : Une réalité souvent mal comprise Lors d’une action de consulting réalisé chez une entreprise dans le secteur des services informatiques et les conseils IT que je nommerais ici X , je me souviens encore de notre première réunion où l’on me parlait fièrement -d’implémenter l’agilité-. L’entreprise X avait investi dans des formations Scrum, installé des murs Kanban colorés, et même lancé un programme “Agile 360°”. Pourtant, six mois après, les résultats étaient décevants : démotivation des équipes, tensions dans les projets, et le constat amer des dirigeants : “L’agilité, chez nous, ne fonctionne pas.” Là, j’ai compris que l’agilité ne se décrète pas . Elle ne se limite pas à une série de cérémonies ou à l’adoption d’outils digitaux. L’agili...

Le self-leadership , clé de voûte des RH et de la gestion du changement

  Le self-leadership , clé de voûte des RH et de la gestion du changement   Par Karima Guerfali Lazzem – Best Training Academy Introduction : Repenser le leadership RH en temps de transformation Dans un monde du travail en perpétuelle évolution, les rôles des RH ne se limitent plus à l’application des politiques ou à la gestion administrative. Ils sont devenus le cœur battant de la transformation organisationnelle. Dans ce contexte, le Self-leadership  s’impose comme une boussole essentielle – notamment pour les professionnels RH appelés à incarner le changement qu’ils souhaitent inspirer. Défini par Charles C. Manz comme « le processus d’influence de soi-même permettant de développer l’auto-leadership et la motivation personnelle nécessaires à la performance » (1), le self-leadership ou l'auto-leadership consiste à diriger depuis l’intérieur. Cela implique la régulation émotionnelle, l’alignement personnel et l’action intentionnelle. Pour les RH, ce n’est plus une ...